Rimski-Korsakov
Des débuts contrariés
Portrait de
Rimsky-Korsakov, 1905-1906, extrait de « Musica ». ©
Bnf Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov naît le 18 mars 1844 à Tikhvin (près de Novgorod), dans un milieu aristocratique. Elevé à la campagne, il connaît très jeune les chants folkloriques qui nourriront son œuvre. Il commence la musique dès l’âge de quatre ans, mais ce goût n’est pas considéré avec sérieux par ses parents. Ceux-ci l’inscrivent donc à l’école de mathématiques et de navigation navale de Saint-Pétersbourg : Rimski-Korsakov devient officier de marine. Il ne cesse cependant jamais de pratiquer la musique, prenant des cours de piano et fréquentant assidûment l’Opéra. Il prend même quelques cours de composition, et a la chance à dix-sept ans d’être présenté à Balakirev (Compositeur russe, 1837-1910), le chef de file du Groupe des cinq (il s’agit des compositeurs Nicolaï Rimski-Korsakov, Alexandre Borodine, Modeste Moussorgski, César Cui, groupés autour de leur fondateur, Mili Balakirev). Celui-ci lui conseille de profiter de ses voyages en mer pour enrichir sa culture, au contact d’autres civilisations. C’est lors de missions en mer que Rimski-Korsakov termine sa Première Symphonie, que Balakirev donne en concert, en 1865, révélant ainsi au public le jeune compositeur.
L’essor d’un compositeur
Conforté par ce succès, Rimski-Korsakov consacre de plus en plus de temps à la composition. Il donne en 1866, à vingt-deux ans, sa démission de la marine pour se consacrer entièrement à la composition. Il fréquente avec assiduité des compositeurs tels que Borodine et Moussorgski, qui appartiendront avec lui au célèbre Groupe des cinq, sous l’autorité de Balakirev. Il travaille d’arrache-pied avec son ami Moussorgski : les deux jeunes compositeurs échangent leurs idées, l’un écrivant parfois une partie de la composition de l’autre. Rimski-Korsakov tisse aussi dès cette époque des liens avec Tchaïkovski.
Professeur au Conservatoire
En 1871, bien qu’autodidacte, il a la chance de devenir professeur d’orchestration et de composition au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, ce qui l’oblige à se perfectionner très rapidement, afin de répondre au très solide niveau réclamé par ses élèves (« au début mes élèves n’imaginaient, ni ne pouvaient se rendre compte de mon ignorance »). Tchaïkovski lui donne des « cours de rattrapage » en techniques d’écriture musicale. Cette nomination lui permet finalement de se perfectionner de manière spectaculaire. Il est enfin reconnu comme un grand musicien « j’étais en extase, et mes amis également ». Cependant, son intérêt pour les techniques d’écriture musicale du passé (tel que le contrepoint, pratiqué par Jean-Sébastien Bach) provoque l’incompréhension de ses amis du Groupe des cinq, qui le rejettent alors. Seul Tchaïkovski, le plus « occidental » des compositeurs russes le soutient dans cette voie.
Le retour au folklore
Vers 1874, Rimski-Korsakov se tourne heureusement à nouveau vers le folklore, qu’il connaît si bien depuis son enfance. Il publie une grande quantité de mélodies (dans lesquelles puisera Stravinski pour L’Oiseau de feu) accompagnées au piano. Ce travail sur les mélodies traditionnelles russes lui permet de renouveler son inspiration : il compose ainsi un opéra (La nuit de mai, composée en 1878) qui permet une synthèse de ses recherches récentes. Cependant, l’inspiration semble toujours lui manquer : le compositeur termine Le Prince Igor que Borodine a laissé inachevé à sa mort, et travaille à l’orchestration d’œuvres de Moussorgski.
Un succès éclatant
En 1886, il créé un cycle de Concerts symphoniques russes : il y dirige la musique de nombreux compositeurs mais y produit aussi sa propre musique. Cela correspond à la grande période créatrice de Rimski-Korsakov : il compose alors ces œuvres les plus célèbres, tels le Capriccio espagnol (1887), Shéhérazade (1888), La Grande Pâque russe (1888), etc. Entre 1893 et 1908, il se tourne cette fois vers l’opéra et en écrit plus d’une dizaine, dont le plus célèbre est le Coq d’or (1906-1907, opéra qui marquera beaucoup Stravinski pour son Oiseau de feu). Il meurt le 21 juin 1908.
L’œuvre
Il laisse plus de quinze opéras (dont Tsar Saltan, de 1900, d’où est extrait le célèbre Vol du bourdon), mais aussi cinq poèmes symphoniques, quatre symphonies, trois concertos, deux quatuors, trois cantates, quatre recueils pour piano, des mélodies et de la musique religieuse, etc. À la disparition du Groupe des Cinq, il occupe un rôle important auprès de jeunes compositeurs qu’il conseille et à qui il enseigne (Tels Glazounov et Stravinski). Son influence est ainsi grande auprès de la jeune génération de compositeurs russes, comme Stravinski et Prokofiev. Son goût pour l’orchestration recherchée et colorée (comme dans Shéhérazade ou le Capriccio espagnol) impressionnèrent hors de Russie aussi bien Richard Strauss que Maurice Ravel.