Igor Stravinski
Formation
M. Igor Stravinsky
d'après ph. Choumoff. © Gallica Igor Stravinski naît en Russie, le 17 juin 1882, dans une famille de musiciens (Son père est chanteur à l’opéra impérial de Saint-Pétersbourg). Il apprend à jouer du piano, mais préfère improviser, plutôt que d’interpréter les œuvres du répertoire. Son père l’inscrit à la faculté de droit, mais le jeune Stravinski préfère aller au concert ou composer en amateur. Sa rencontre avec Rimski-Korsakov est décisive : le grand compositeur le prend sous sa protection et lui enseigne les grandes formes musicales, ainsi que l’orchestration. En 1909, la première grande œuvre de Stravinski, intitulée Feux d’artifices, le fait remarquer par Serge Diaghilev.
Paris et les Ballets russes
Programme officiel
de la saison russe à l’Opéra, Comedia illustré, 1910. ©
GallicaÀ partir de 1910, Serge Diaghilev lui passe successivement commande de plusieurs musiques de ballets. L’élan musical de la musique de Stravinski correspond en effet parfaitement à la mise en scène de gestes dansés : L’oiseau de feu ((1909-1910) « conte dansé, par Michel Fokine, en deux tableaux d’après le conte national russe», créé au Palais Garnier, chorégraphie de Michel Fokine, décors et costumes d’Alexandre Golovine et Léon Bakst, sous la direction de Gabriel Pierné), qui s’inspire de la fantaisie du Coq d’or de son maître Rimski-Korsakov. Pétrouchka ((1910-1911) « scènes burlesques en quatre tableaux » sur un argument de Stravinski et Alexandre Benois, créé à Paris, au théâtre du Châtelet, chorégraphie de Michel Fokine, décors et costumes de Benois, avec Vaslav Nijinski (Pétrouchka), sous la direction de Pierre Monteux), où s’affirme déjà la dynamique des rythmes mécaniques qui triompheront dans la sauvagerie du Sacre du printemps ((1911-1913) « tableaux de la Russie païenne en deux parties », chorégraphie de Vaslav Nijinski, décors et costumes de Nicolas Roerich, créé sous la direction de Pierre Monteux). La chorégraphie, sans doute davantage que la musique elle-même, provoque en 1913 l’un des plus célèbres scandales de l’histoire de la musique, au théâtre des Champs-Elysées de Paris.
La Première Guerre mondiale
Pension "les
Tilleuls" à Clarens où fut composé Le Sacre du printemps,
photo de 1913. © Gallica Installé depuis quelques années déjà à Paris, le compositeur ne retourne pas en Russie à cause de la Première Guerre mondiale, qui vient d’éclater. Il continue à puiser son inspiration dans le folklore russe, tout s’inspirant déjà de musiques appartenant à des époques ou à des styles différents. Il se tourne davantage, durant cette période, vers des ouvrages composés pour voix et petits ensembles instrumentaux. Il écrit encore avec succès des ballets (Le rossignol, Les Noces, etc.) pour Diaghilev.
La période néoclassique
Stravinski aux
côtés du chef d’orchestre Furtwängler, extrait du journal "Prager
Presse", 4 janv. 1925. © Gallica Bloqué en France par la révolution russe de 1917, Stravinski est obligé de gagner sa vie comme pianiste et chef d’orchestre : il compose pour lui-même des œuvres concertantes pour piano et dirige maintenant sa propre musique, pour des créations ou des enregistrements, sans abandonner l’écriture d’œuvres spécifiques comme Pulcinella ((1919-1920) « ballet avec chant en un acte, musique d’après Pergolèse », créé au Palais Garnier par les Ballets russes, chorégraphie de Léonide Massine, décors et costumes de Pablo Picasso) pour les Ballets russes. Pour ses compositions, il s’agit d’une période où Stravinski puise abondamment dans l’histoire de la musique, en revisitant les formes et les styles du passé, à la manière d’un Picasso revisitant les Ménines de Vélasquez. Il affirme significativement lui-même qu’il considère la musique « comme impuissante à exprimer quoi que ce soit. Le phénomène de la musique nous est donné à la seule fin d’instituer un ordre des choses ». Ainsi, par exemple, Œdipus-rex (opéra-oratorio en deux actes sur un livret de Jean Cocteau d’après Sophocle, traduit en latin) comportant des chœurs s’inspirant d’Haendel et des arias d’un romantisme digne de Verdi ! L’écriture de ballets s’enchaîne durant cette période, même bien après la mort de Diaghilev : Apollon musagète (1927-1928) ; Le baiser de la fée (1928) ; Perséphone (1933-1934) ; Jeu de cartes (1936) ; Circus Polka (1942), destiné à… un éléphant !
Les œuvres d’inspiration religieuse
Stravinski se tourne, à partir des années 1930, vers la composition d’œuvres radicalement différentes, et à forte connotation religieuse, telle la Symphonie de psaumes pour chœur et orchestre (1930) (Commande de Serge Koussevitzky pour le cinquantième anniversaire de l’Orchestre symphonique de Boston. Texte chanté emprunté à la traduction latine de la Vulgate : Psaumes 38 « Exaudi orationem meam », 39 « Expectans expectavi » et 150 « Alleluia. Laudate Dominum ») et la Symphonie en ut (1938-1940) (dédiée, comme le faisait Jean-Sébastien Bach « à la gloire de Dieu »). Emménageant aux Etats-Unis à partir de 1939, le compositeur obtient la nationalité américaine en 1945.
La dernière période
Photographie de
Stravinski – 1927. © Gallica Stravinski s’oriente vers la fin de sa vie vers des langages musicaux qu’il avait jusque là peu exploités, tels le dodécaphonisme (Technique de composition musicale qui donne une importance égale aux douze notes de la gamme chromatique) et le sérialisme (Il s’agit d’une technique de composition musicale qui n’utilise qu’une suite donnée de douze sons issus de la gamme chromatique). Il surprend encore une fois en ne s’enfermant pas dans un langage propre : fidèle à l’aventure musicale qui a toujours été la sienne, le compositeur choisit une fois encore d’explorer de nouvelles voies sonores.