Alexandre Borodine
La formation
Alexandre Borodine naît à Saint-Pétersbourg le 12 novembre 1833. Il est le fils naturel d’un prince(Louka Guédianov, âgé de 63 ans) et d’une jeune femme (Avdotia Antonova, âgée de 25 ans). Le prince fait déclarer l’enfant par un de ses serviteurs, du nom de Borodine (Porphiri Borodine). Le jeune Alexandre reçoit une éducation soignée, car le prince veut que son fils fasse de sérieuses études. Il apprend donc à jouer de nombreux instruments (la flûte, le piano, le violoncelle et le hautbois). En 1846, à l’âge de treize ans, il écrit déjà ses premières compositions (un Concerto pour flûte et piano, un Trio pour deux violons et violoncelle). Dans le même temps, il dispose grâce à son père d’un laboratoire de chimie à domicile, dans lequel il se livre à de nombreuses expériences. Il provoque même une explosion qui déclenche l’intervention des pompiers ! Malgré ses dispositions musicales étonnantes, c’est à la Faculté de médecine que l’inscrivent ses parents, en 1848, alors qu’il est seulement âgé de quinze ans. Ayant terminé ses études en 1854, à l’âge de vingt-et-un ans, il entre officiellement comme médecin à l’hôpital de l’armée territoriale. Il ne supporte hélas pas la vue des blessures qu’il doit soigner (A tel point qu’il s’évanouit lors de sa première intervention !). Il doit donc quitter l’hôpital, entre à l’Académie militaire de chimie où il fait une belle carrière scientifique (il y est d’abord préparateur, puis professeur réputé). Il devient même conseiller d’Etat.
Une vie partagée entre science et musique
Sa vie très occupée (Il créé même, grande nouveauté, une Ecole de médecine accueillant les femmes) se partage alors entre la chimie, la médecine et la musique : les deux premières occupent la première place. Il se dira lui-même musicien du dimanche. Il souhaite même parfois tomber malade (« La différence entre un tuberculeux et moi est que le tuberculeux ne peut réaliser ses plans que lorsqu’il va mieux et moi, au contraire, lorsque je tombe malade » dira Borodine !), afin d’avoir un peu de temps pour composer ! Il se lie d’amitié avec Moussorgski puis avec Balakirev, qui l’intègrent, en 1862 à leur cercle de quatre compositeurs, qui devient ainsi le Groupe des Cinq (Constitué des compositeurs russes Mili Balakirev (1837-1910), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Modeste Moussorgski (1839-1881), César Cui (1835-1918)).
Un musicien russe international
Il rencontre sa femme, grande mélomane et pianiste (Ekatérina Sergéievna Protopopova), qui lui fait découvrir et aimer les œuvres de compositeurs comme Liszt (Compositeur et pianiste, 1811-1886), Chopin (Compositeur et pianiste, 1810-1849) ou Schumann (Compositeur allemand, 1810-1856) alors peu connus en Russie. Ils font ainsi tous deux un voyage en Europe afin d’entendre les œuvres de Richard Wagner (Compositeur allemand, 1813-1883). Borodine n’hésite pas à s’ouvrir à la musique allemande que ses collègues du Groupe des Cinq n’apprécient guère. Grâce à sa réputation de chimiste et les nombreux congrès auxquels il est invité, il a souvent l’occasion de se déplacer en Europe. Il peut ainsi nouer de nombreuses connaissances, scientifiques et musicales. Il rencontre par exemple Franz Liszt (Compositeur et pianiste, 1811-1886) à Weimar en 1877, lors de la visite très officielle de laboratoires scientifiques. Liszt donne ainsi en concert la Première symphonie de Borodine, alors que ce dernier dédie à Liszt la célèbre partition des Steppes de l’Asie centrale. Sa vie professionnelle de professeur de chimie est hélas très remplie, il a peu de temps libre pour composer. Malade et fatigué, il meurt subitement, d’une rupture d’anévrisme, au cours d’un bal, le 27 février 1887.
L’œuvre
Borodine était d’un immense talent, mais il manque de notions d’écriture musicale, n’ayant pas le même cursus que ses amis du Groupe des Cinq. Balakirev et Rimski-Korsakov révisent ainsi ses compositions. Les mélodies ont une importance première dans son œuvre. Celles-ci lui viennent souvent lors de promenades, et des images poétiques peuvent suggérer chez lui des thèmes musicaux qui frappent par leur fraîcheur et leur naïveté (Son poème symphonique Dans les steppes de l’Asie centrale utilise ainsi des thèmes chantants et nostalgiques qui suggèrent immédiatement des images quasi cinématographiques). Son œuvre principale, dans laquelle il donne tous ses efforts est son grand opéra Le Prince Igor, qu’il commence en 1869 et laisse hélas inachevé (L’œuvre est terminée par Rimski-Korsakov et Glazounov) dix-huit ans plus tard, lors de son décès. Dans cette œuvre capitale, Borodine use de grands contrastes, car il s’adapte à un art musical et visuel qui procède par grandes masses. Le compositeur écrit d’ailleurs à ce propos : « Dans un opéra, comme dans n’importe quel autre art décoratif, les détails, la minutie sont déplacés ». Avec les brouillons prévus pour Le Prince Igor, et non utilisés, Borodine compose une Deuxième Symphonie, et le poème symphonique des Steppes de l’Asie centrale. Il s’agit des deux œuvres les plus célèbres de Borodine, avec le Prince Igor et les Danses polovtsiennes qui en sont issues. Il compose aussi des quatuors à cordes, une Petite Suite pour piano et seize mélodies.