L’Oiseau de feu
L’Oiseau de feu, (dans une chorégraphie de Michel Fokine, des décors et costumes d’Alexandre Golovine et Léon Bakst, sous la direction de Gabriel Pierné) « conte dansé en deux tableaux d’après le conte national russe, par Michel Fokine », est créé le 25 juin 1910 au Palais Garnier, par les Ballets russes de Diaghilev
Une nouvelle musique commandée à un jeune compositeur peu connu
Portrait de
Stravinski, 1900. © Bnf Après le succès de la première saison des Ballets russes en 1909, Diaghilev veut proposer l’année suivante des œuvres que le public ne connaît pas. Il demande donc à son chorégraphe, Fokine, de puiser directement dans les contes traditionnels russes pour créer un ballet. Il s’inspire du mythique Oiseau de feu, présent dans plusieurs contes. L’histoire racontée par Stravinski en juin 1910 s’inspire en fait de la mythologie et de l’art siamois, et de l’épopée d’un conte (le Râmâyana) qui irrigue tout le théâtre d’Asie. L’Oiseau de feu est accueilli triomphalement par la salle, emplie de personnalités politiques et artistiques de l’époque (dont la grande actrice Sarah Bernhardt). Stravinski, présenté comme « un tout jeune élève de Rimski-Korsakov » devient tout d’un coup célèbre.
L’histoire
Portrait de Tamara
Karsavina dans l'Oiseau de feu, 1910. © Bnf Ivan Tsarévitch, fils du tsar de Russie, déambule dans la forêt mystérieuse du sorcier Kastchei. Apercevant un magnifique oiseau qui vole autour d’un arbre portant des pommes d’or, il capture le fabuleux animal et ne le libère qu’en échange d’une de ses plumes magiques et le serment que l’oiseau lui sera fidèle. Plus loin, dans la forêt, après être tombé amoureux d’une princesse entourée de douze compagnes, le jeune homme est capturé par des démons : le sorcier Kastchei menace alors de le changer en pierre. L’oiseau de feu vient à son secours comme il l’avait promis et endort tous les monstres. Le soleil dissipe les ténèbres, le palais de Kastchei s’effondre : Ivan peut alors retrouver l’élue de son cœur.
L’œuvre
L'Oiseau de feu,
maquette de costume de Léon Bakst, 1910. © BnfLe ballet, créé en 1910, comporte 19 numéros qui occupent une durée d’à peu près 45 minutes. L’effectif orchestral est celui d’un grand orchestre romantique. Stravinski prévoit ainsi de nombreuses percussions, qui accentuent l’exotisme de l’œuvre : xylophone, célesta, tam-tam, triangle, tambour de basque, etc. ; un piano, trois harpes ; des cuivres et des cloches sont même prévus sur scène. Tout comme dans le Coq d’or de son maître Rimski-Korsakov, Stravinski choisit pour différencier les éléments de l’action. L’élément humain est représenté par des thèmes diatoniques (exemple d’intervalle diatonique : do, ré, mi…), alors que l’élément magique est associé à des arabesques chromatiques (exemple de chromatisme, avec des notes plus proches : do, do dièse, ré, ré dièse…) de caractère oriental. La musique pour Ivan, la princesse sont diatoniques. Tout l’élément magique – thèmes de l’Oiseau de feu et de Katschei – est issu d’un intervalle chromatique, la quarte augmentée (exemple : do – fa dièse) (ce qui créé une instabilité, plutôt que d’entendre l’intervalle stable d’une quinte (exemple : do – sol).
L’introduction
Très courte, elle précède la présentation de l’oiseau de feu et fait entendre tout d’abord un motif sourd, quasi inaudible, joué par les violoncelles et contrebasses. Ce motif inquiétant est fondé sur l’intervalle de quarte augmentée qui sera associé durant tout le morceau au terrible Kastchei. Le trémolo des cordes qui créé un effet mystérieux. Le thème grave du début est repris par le hautbois.
Jeu des princesses avec les pommes d’or
Cordes et vents alternent. Dans ce scherzo (danse rapide) qui commence sur une longue descente des vents, des échanges rapides fusent entre les pupitres de vents, les cuivres scandant de courtes notes insistantes. Un léger motif sur deux notes répétées est échangé par les instruments, suggérant toute la grâce des jeunes princesses qui dansent.
Khorovode (ronde) des princesses
Pour ce numéro, le compositeur utilise deux mélodies tirées du folklore russe, qu’il tire des 100 chants populaires russes de son maître Rimski-Korsakov. Le premier thème est joué par le hautbois, et représente la princesse la plus belle, qui retient l’attention d’Ivan. Le deuxième thème est quant à lui joué par les cordes.
Danse infernale du roi Kastchei (indiqué Allegro féroce !!!)
Cette danse est construite sur une pulsation obstinée, à
partir de trois éléments :
- le thème principal du début du numéro représente le pouvoir et la cruauté de Kastchei.
- le
thème du Prince Ivan qui prend peur
- le thème des princesses qui supplient Kastchei.
Se succèdent élément
rythmique et élément mélodique qui sont répétés et interrompus par un violent accord joué fortissimo.
Finale
Le thème du morceau est joué au début par un cor. C’est une mélodie calme, qui marque la disparition des maléfices. Stravinsky dans ce passage s’emploie à embellir son thème par de nouvelles couleurs sonores. Il y a trois grandes parties qui se caractérisent par des différences de tempo indiquées par le compositeur : 1) Lento (lent) ; 2) Allegro (rapide) ; 3) Maestoso (majestueux)